Alors que l’attention du monde entier était tournée vers le duel présidentiel Romney – Obama, dans pratiquement chaque État des États-Unis, les électeurs étaient appelés à voter sur des questions référendaires. Certainement l’une des plus importantes était la proposition 37 de Californie : pour ou contre l’étiquetage obligatoire des OGM. Comme d’autres propositions, celle-ci a fait l’objet d’une "campagne dans la campagne". L’enjeu cette fois était de taille, quasi nationale. Car si la Californie votait pour l’étiquetage des OGM, de nombreux autres États suivraient, rendant de fait l’étiquetage effectif dans tous le pays. Cette proposition n’arrangeait évidemment pas des entreprises comme Monsanto, fabricant direct d’OGM, des entreprises de pesticides comme DOW Chemicals et les principales entreprises agroalimentaires. Mais comment convaincre l’opinion publique californienne, une des mieux informée du pays, de l’absence intérêt d’un étiquetage des OGM ? Après tout, les consommateurs n’auraient-ils pas le droit de savoir ce qu’ils mangent ?
De fait, au début de la campagne pour la proposition 37, les intentions de vote en faveur de la proposition étaient assez élevées, à hauteur de 64 %. Mais c’était sans compter sur la force de frappe des entreprises en faveur des OGM, des pesticides, et de la bouffe industrielle. Rapidement celles-ci mirent la main au portefeuille, Monsanto en tête bien sûr, et dépensèrent 45,6 millions de dollars en communication contre la proposition 37. Leurs arguments ? L’étiquetage coûterait cher aux consommateurs, la traçabilité créerait de la bureaucratie, mot que les Américains ont en horreur. Et pourquoi cibler les OGM, puisque que les tests industriels avaient montré que ceux-ci étaient sans danger pour le consommateur ? Jour après jour les clips sur les grandes chaînes de télévision dénonçaient la proposition 37 en des messages simplistes, entraînant la confusion dans l’esprit des consommateurs. Aux États-Unis, l’argent n’est pas un tabou let les entreprises doivent déclarer les sommes avec lesquelles elles contribuent aux joutes électorales. On constate ainsi que les industries transgéniques, semencières, agroalimentaires, et des pesticides, ont pu mettre plus de 5 fois en faveur du "Non" le montant que les entreprises de distribution de produits biologiques et les regroupements citoyens ont pu réunir pour appuyer le proposition.
Le rejet de la proposition 37 par 53,1% des votants, c’est une fois de plus, la victoire de l’argent, de la désinformation organisée par les lobbys des OGM et de l’agroalimentaire. Un peu plus de la moitié des électeurs aurait préféré ne pas savoir ce qui est dans leurs assiettes, quitte à en payer les coûts plus tard, sur leur santé, et même dans leurs impôts, quand il faudra décontaminer les sols lourdement pollués par les pesticides produits et réclamés par les OGM, dépolluer l’eau chargée de fertilisants et de pesticides, et remplacer les services que rendaient la biodiversité lorsqu’elle était encore florissante (pollinisation, climat, etc.).
Mais l’organisation de ce référendum est déjà en soi une petite victoire si en Californie. Et la défaite n’est que provisoire, car la bataille de l’information se poursuit, et on est dans un avenir proche les électeurs comprendront mieux les enjeux du suivi des OGM, et le danger réel qu’ils représentent.
Article paru à la page « Opinions » du magazine Terra Eco.
Le titre original de l’auteur est celui utilisé dans ce document.
Contributions des entreprises en faveur du « oui » ou du « non » à la proposition 37 pour l’étiquetage des OGM (« the right to know ») :
| Contribution en faveur du "non" à la proposition 37 |
Contribution d’entreprises en faveur du "oui" à la proposition 37 |
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| Monsanto | $8,112,867 | Organic Consumers Fund $660,709 | $1,334,865 | |
| E.I. Dupont De Nemours & Co. | $5,400,000 | Mercola Health Resources | $1,115,000 | |
| Pepsico, Inc. | $2,145,400 | Kent Whealy | $1,000,000 | |
| Grocery Manufacturers Association | $2,002,000 | Nature’s Path Foods | $660,709 | |
| DOW Agrisciences | $2,000,000 | Dr. Bronner’s Magic Soaps | $566,438 | |
| Bayer Cropscience | $2,000,000 | Mark Squire/Stillonger Trust | $440,000 | |
| BASF Plant Science | $2,000,000 | Wehah Farm (Lundberg Family Farms) | $251,500 | |
| Syngenta Corporation | $2,000,000 | Ali Partovi | $219,113 | |
| Kraft Foods Global | $1,950,500 | Amy’s Kitchen | $200,000 | |
| Coca-Cola North America | $1,700,500 | Great Foods of America | $177,000 | |
| Nestle USA | $1,315,600 | Alex Bogusky | $100,000 | |
| Conagra Foods | $1,176,700 | Clif Bar & Co. | $100,000 | |
| General Mills | $1,135,300 | Cropp Cooperative (Organic Valley) | $100,000 | |
| Kellogg Company | $790,000 | Annie’s, Inc. | $50,000 | |
| Smithfield Foods | $683,900 | Michael S. Funk | $50,000 | |
| Del Monte Foods | $674,100 | Nutiva | $50,000 | |
| Campbell’s Soup | $500,000 | |||
| Heinz Foods | $500,000 | |||
| Hershey Company | $493,900 | |||
| The J.M. Smucker Company | $485,000 | |||
| Bimbo Bakeries | $422,900 | |||
| Ocean Spray Cranberries | $387,100 | |||
| Mars Food North America | $376,650 | |||
| Council for Biotechnology Information | $375,000 | |||
| Hormel Foods | $374,300 | |||
| Unilever | $372,100 | |||
| Bumble Bee Foods | $368,500 | |||
| Sara Lee | $343,600 | |||
| Kraft Food Group | $304,500 | |||
| Pinnacle Foods | $266,100 | |||
| Dean Foods Company | $253,950 | |||
| Biotechnology Industry Organization | $252,000 | |||
| Bunge North America | $248,600 | |||
| McCormick & Company | $248,200 | |||
| Wm. Wrigley Jr. Company | $237,664 | |||
| Abbott Nutrition | $234,500 | |||
| Cargill, Inc. | $226,846 | |||
| Rich Products Corporation | $225,537 | |||
| Flowers Foods | $182,000 | |||
| Dole Packaged Foods | $171,261 | |||
| Knouse Foods Cooperative | $164,731 | |||
| Total (approximatif) | $45,600,000 | Total (approximatif) | $8,700,000 | |
Source : Ballotpedia.org
Pierre Johnson
citoyen nord-américain (USA) et français, spécialiste du commerce équitable et du biocommerce éthique.